Premiers tours de roues en compétition, on se calme...


Les quelques milliers de kilomètres de raid et une première expérience en compétition 4x4 m'ont vite mis la tête sur les épaules. Je mesure plus que jamais la distance qui me sépare des "pros" de la discipline.

L'écart est gigantesque. Pilotage, navigation, technique de course, lecture du terrain, ... sont des pré-requis insuffisants. Le terme "expérience" prend ici tout son sens.


La course automobile. Un vieux démon !


À 18 ans et un jour, je passais mon permis de conduire et dans l'année, j'enroulais la Dauphine maternelle autour d'un arbre, j'envoyais ma Dauphine 1093 à la casse suite à une poussette par une Fiat 1100 dans le Ventoux sans oublier de défoncer le portrait du conducteur, et j'explosais le carter moteur de la Dauphine Gordini paternelle en reliant non-stop Madrid à Paris, afin de voir ma belle qui devint quelques années plus tard ma tendre et patiente épouse.
En représailles, mon permis de conduire fut transféré dans la poche de mon géniteur avec la promesse qu'en cas d'incartade, ledit permis serait transformé en micro confettis… Il faut reconnaître qu'il connaissait parfaitement son sujet, ayant été essayeur puis pilote chez DELAGE, DELAHAYE et BUGATTI avant guerre et ayant assuré la responsabilité d'une écurie de course, l'AGACI, après guerre.
Sympa, mon Papa me restitua mon permis de conduire 8 mois plus tard en même temps qu'il me donnait une Fiat 500, dont le moteur fut assez rapidement transformé "Abarth" …

Un petit demi-siècle plus tard, sur le bac à sable Mauritanien, très précisément au milieu de nulle part, lors de cet instant privilégié qui suit l'arrêt des moteurs après une belle journée passée à franchir et contourner des dunes de sable ou tas de cailloux, confortablement assis sur nos fauteuils pliants devant une table branlante surmontée de bouteilles d'eau fraîche et de Pastis, mon ami Yves TARTARIN me proposait de courir les 24 heures TT de France 2006 au volant d'un TOY KZJ 73.

Six mois plus tard, je prenais le volant de ce véhicule pour 6 heures sur la piste de Chevannes en compagnie de Cédric, Eric et Pierre-Louis.

Je me suis fait un colossal plaisir. Visiblement, mes 3 compères également. Seul le Toy a souffert, ne pouvant pas repartir à l'issue des 24 heures, transmission soudée et destroy.

La bonne blague : À la fin de ma conduite, Eric me dit d'aller me changer, pour ne pas attraper froid, car je dégoulinais de transpiration. Je pars vers mon Toy 75, garé à l'écart près d'un buisson, où un malotru était entrain de vidanger sa vessie. En m'approchant, j'entends le compresseur du 75 se mettre bruyamment mais opportunément en route, et je vois le grossier personnage sursauter, s'agiter, se contorsionner pour finalement s'éloigner indignement, jambe gauche raide et tenant son pantalon par la couture intérieure avec la main droite de façon ni digne, ni respectable.

J'adore mon Toy 75 qui n'en loupe pas une. Je regrette que lorsqu'il rit cela ne se voit pas. Bicoze, il riait et cela s'entendait, car le compresseur hoquetait, alors qu'habituellement il ne se déclenche qu'exceptionnellement, PARIS 4x4 ayant réussi une étanchéité de l'installation quasi parfaite.

Frédéric

Retour sur les 24H de France TT 2006


Se souvenir de la course mais aussi de l'ambiance des stands... de l'engagement de notre équipe...

des mécanos couchés dans la boue, en pleine nuit, sous les véhicules... d'un mécano qui démonte la batterie de son propre véhicule pour dépanner le système électrique du stand...

de notre "Monsieur chrono" qui pointe 24 heures non-stop... de ceux qui dorment dans ce bruit infernal assis sur une chaise branlante le menton sur la poitrine... d'autres qui dorment dans une tente sur le toit d'un monstrueux TATRA...

ou enfin de ceux qui ont choisi une tente 2 secondes jetée sur le sol juste à côté de la route où passent les voitures d'assistance... des véhicules de course qui sont profilés ou raccourcis... ou encore des voitures chahutées de droite et de gauche en bout de chaîne des grues dépanneuses...

mais aussi du mécano qui après une nuit blanche répare une petite moto pour que les enfants s'amusent... le tout dans la bonne humeur … et on en redemande chaque année !

Je me souviens


Nous sommes dimanche soir, le 17 septembre 2006. Je viens de terminer mes premières « 24 Heures », je n'arrive pas à dormir malgré la fatigue évidente. Je suis heureux, nous venons de terminer cette course mythique.

De nombreux pilotes en rêvent, j'ai compris pourquoi. Cette course est unique.

Je suis comme un gamin, encore excité et toujours un peu concentré. Bref, je suis encore dans la voiture. J'ai le bruit des moteurs omniprésent à l'esprit. Les bolides tournent dans ma tête, ils passent et repassent.
La piste défile sous mon baquet et au travers les filets latéraux de sécurité. De temps en temps, un bruit se fait plus strident et plus puissant, c'est un buggy. Puis un autre bruit arrive de loin, rauque et dantesque, c'est un Protruck !

Je n'oublierai jamais cette course folle contre le temps.


Apprendre et se faire plaisir. Le projet me trottait dans la tête depuis quelques années. Voir ses copains s'amuser tout un week-end suscite forcément l'envie. Alors j'ai voulu passer de l'autre côté du paddock et aller moi aussi jouer dans la boue.

C'est parti !


Mon premier tour de piste fût mémorable.

Mais où suis-je ? La piste est défoncée, on dirait un champ de boue rempli d'ornières et de trous tous plus gros les uns que les autres. Il y a des bolides qui semblent arriver de partout, à quelle vitesse faut il rouler ? Je trouve la direction de la voiture très aléatoire et le freinage plutôt relatif, c'est normal ? Le confort est plus que spartiate, je suis dans un shaker. Les moteurs hurlent, il va falloir conduire des heures dans ce bruit infernal.

Comment surveiller les cadrans, ça bouge dans tous les sens. J'ai chaud, je transpire déjà au bout de cinq minutes. Plusieurs odeurs se mélangent : essence, huile moteur et terre mouillée. Des paquets de boue volent dans tous les sens. Le pare-brise est déjà recouvert de "bougnasse", cela promet.

"Engagez-vous qu'il disait... et dire que ma femme pense que je m'amuse !"

Je ne suis pas très à l'aise, j'ai hâte que cela aille mieux. La radio est muette, que se passe t-il ? Les voitures se frôlent et se doublent sans cesse. Je suis en train de découvrir cette course de l'intérieur et c'est une vraie prise de conscience. Les 24 Heures, c'est du sérieux. On ne rigole plus car qu'il va falloir se battre contre soi-même et les autres concurrents. Le niveau de certains pilotes m'impressionne.

Je suis seul dans le grand bain... quelle pression. Je m'efforce de rentrer dans le rythme, cela roule déjà très vite. Je suis concentré au maximum pour éviter de partir à la faute. Le tour ne semble pas se finir, je ne comprends plus rien ! J'ai les yeux grands ouverts, cette course est un truc de fous. Enfin les stands sont en vue, ils défilent sur ma gauche à vitesse grand V. Quel peuple, ça grouille de partout. Je pense reconnaître « la maison ». Je n'ose pas tourner la tête. Je fais un petit geste au travers le filet de sécurité et je suis déjà loin, m'ont-ils vu ? Je n'en sais rien.

Nous avions bien été "briefé". « Attention, certains concurrents jouent la gagne, ils vont imposer un rythme élevé dès le départ ». Rouler trop vite est un piège qui mène à la faute ou à la casse mécanique. Alors on se rassure en restant dans le flot général, juste histoire de prendre ses marques et de mémoriser chaque détail de la piste. Un concurrent fait un saut à 10 mètres devant mon capot, jolis dessous ! Mais au fait c'est un indice intéressant, faut il passer à gauche, à droite… pas le temps de réfléchir.
Quoi, un « malade » veut absolument passer en même temps, c'est de la folie. Il passera dans un bruit assourdissant. « Faire gaffe » en permanence et éviter les touchettes.

Prudence, constance et régularité doivent être nos maîtres mots. Pourtant l'envie d'attaquer me gagne déjà, je prends vite confiance. La prise en main du Toy est facile. Je commence à doubler des concurrents. Le KZ aurait-il la puissance nécessaire pour aller taquiner les meilleurs, certainement pas. Je sais qu'il n'est pas question de pouvoir rivaliser, l'écart est trop important. Penser aux copains qui ont fait les relais précédents, ne pas anéantir leurs efforts par excès d'orgueil ou de testostérone. Penser au collègue qui va ensuite prendre le volant… Se dire que la course est encore très longue.

La réalité du terrain me rappelle à l'ordre. La vue d'un 4x4 posé sur un talus me fait dire que cela doit partir plus vite que prévu et qu'il ne faut pas trop jouer les malins » Plus loin, un trou mal négocié me secoue comme si j'étais un pantin en chiffon. Je suis assommé. Immédiatement je me dis « quel c.., j'ai du tout casser ». Heureusement, je n'ai pas touché.
Comment une voiture peut-elle encaisser de tels chocs ? Je ne dois pas relâcher l'attention.

Une course de 24 heures


Les tours s'enchaînent mais ne se ressemblent jamais. Il faut tenir la cadence, on est pris dans le rythme infernal de la course. Ne pas oublier de surveiller le niveau d'essence et d'éteindre la pompe du réservoir supplémentaire. Jeter un coup d'œil sur les cadrans, se souvenir du rôle de chacun des boutons ou réaliser qu'un commissaire vient d'agiter un drapeau…

Pas question de se reposer, attaquer modérément et « éviter la correctionnelle ». Soulager l'embrayage, les suspensions… Ne pas trop solliciter ni les freins ni le moteur… Un confort tout relatif m'envahit, je me sens bien… Je voudrais que cela dure des heures.

QUE DU BONHEUR. Je suis aux 24 Heures. La radio m'appelle, déjà deux heures que je tourne, il faut passer le volant. Vivement le prochain quart !


L'arrêt au stand est finalement bien venu, cela fait du bien de relâcher l'attention. Le team nous chouchoute et la voiture est contrôlée méthodiquement. Rien ne semble improvisé, presque la routine pour cette équipe d'expérience. Les copains viennent aux nouvelles, me félicitent. C'est sympa de leur part. Nos yeux brillent, c'est beau l'esprit d'équipe. Le moteur tourne toujours, je sors du baquet un peu fourbi et tente de passer mes consignes au pilote suivant.

Je l'aide à se harnacher, il part dans la foulée.


Mon quart de nuit


Attention aux trous, aux ornières et aux bords de pistes trop mous et piégeux à souhait. Les rétros jouent la chamade, pas facile de surveiller ses arrières.

La nuit ajoute une dose de difficulté à cette ballade de santé, on ne voit pas grand-chose. J'ajoute même, on ne voit strictement rien ! Je pensais avoir mémorisé la piste, j'ai l'impression de la redécouvrir et de la subir.
Le Toy semble mieux la connaître que moi, c'est un comble.

Les virages en épingle se négocient dans le noir complet et on serre les fesses pour ne pas tomber dans un trou. Tantôt ébloui par des phares qui vous foncent dessus, suis-je dans le mauvais sens ? Il y a des feux surpuissants qui arrivent de partout, les voitures semblent tourner en rond et se croiser. Un balai inextricable de grosses lucioles.

Cinq minutes plus tard, c'est le contraire… plus un bruit, plus de phare. Quel calme après la tempête, suis-je encore sur la piste ? Le passage devant les stands est rassurant, j'ai du mal à reconnaître les copains mais l'enseigne du team brille dans la nuit noire. Tout va bien. Je roule encore et toujours, notre Toy est un bon outil.

Cela fait douze heures qu'il tourne sans broncher, il ne se repose jamais. Il devra avaler plus de mille bornes dans ces conditions…

Déjà le petit matin, les guerriers plus ou moins fatigués se réveillent. Pas une minute de répit, la course est loin d'être terminée.

Le ballet des dépanneuses et autres grues continue. Elles évacuent les autos blessées, quel carnage. La nuit laissera des traces, mais il y a des rescapés.  Et des bons.

Soudain un bruit sourd arrive dans mon casque Peltor, c'est un bruit de moteur. Sa sonorité me fait dire que cela doit être un gros moulin, gagné ! Un énorme pick-up fonce sur moi comme si j'étais à l'arrêt. Moi qui croyais avoir pris un bon rythme… Il est déjà collé derrière moi et commence à vouloir me doubler. Je sais qu'il n'est pas question de rivaliser et qu'il faut le laisser passer. Pourtant le KZ est plus agile dans les virages. Je veux tenir un peu… pour voir ! Un temps je résiste et je m'amuse. Trois ou quatre virages me permettent de voir le « gros truc » sa dandiner dans mes rétros. Il chasse de l'arrière train et occupe toute la piste. Je n'y crois pas ! Arrive une nouvelle ligne droite, le mastodonte se fâche et commence à me le faire savoir. Pleins phares, puis klaxon et trompe de brume, je me dis que le pachyderme pourrait m'envoyer en orbite.

Monsieur est pressé, il n'est pas là pour faire du tourisme et rouler à la queue leu leu. Réaliste, je cède sans trop me déporter, je ne veux pas m'embourber. Alors il accélère comme un furieux, ce bruit me fait frémir, c'est énorme. Il passe avec une déconcertante facilité, avale trous et bosses et continue à monter dans les tours.

Ses suspensions font un travail d'anthologie, ses débattements sont monstrueux. Il semble indestructible.

Merci pour la boue l'ami. Puis je me dis : « Dire que le pilote n'a pas de pare-brise… chapeau bas mec ! »

Ultime cadeau de consolation, le suivre sur quelques centaines de mètres et se dire que l'on a joué avec un vrai pilote.


Merci...


Mon dernier passage se fera sans aucune difficulté, toujours autant de plaisir. Je suis surpris par les bouts d'épaves qui jonchent la piste : ressorts, roues, arbres de transmissions, morceaux de carrosseries et pièces mécaniques diverses et variées…

La piste en a fatigué plus d'un !

Minute après minute, le compteur tourne, notre course se termine. Soulagement et frustration se mêlent. C'est déjà fini, mais quelle expérience. Cette course est unique en son genre.

A refaire au plus vite.

Je tiens à remercier mes amis, collègues et pilotes : Eric, Cédric et Frédéric.
Bravo et merci à toute l'équipe du Team Tartarin Sport pour leur professionnalisme, leur disponibilité et leur gentillesse.












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