Restauration d'un HDJ80

Est-ce bien raisonnable ?

Quelle formidable expérience. Mon 80 s'est vu restauré par un mécanicien hors pair. Comme de nombreux raideurs, je cogitais depuis de longs mois sur le remplacement de mon vaisseau du désert. La barre des 400.000 kilomètres était largement franchie et une surchauffe moteur lors d'un dernier raid n'annonçait rien de bon. Le poids des années et des kilomètres se faisait ressentir, des pannes apparaissaient, le doute s'est installé. Non pas que sa fiabilité soit remise en cause, ce 80 nécessite plus de soins que auparavant. Alors que faire, le vendre. Et si oui, par quel modèle le remplacer ? Différents professionnels se sont penchés au chevet de mon Toy, le diagnostic était toujours le même. "Votre 80 a bien roulé, il a bien vieilli, et il est très sain" ou encore, "il est en pleine forme et il n'y a rien à faire. Le 80, c'est du costaud." D'autres m'ont proposé de le reconstruire pour le prix du véhicule. La bonne affaire. Quelques nuits blanches plus tard et sur les conseils d'amis proches, je pris la décision de le remplacer ... par lui même ! Une grande restauration s'imposait alors.

Ah le 80... L'une des machines à rouler préférée des raideurs. Une référence qui fait rêver et qui attend toujours un digne successeur. A l'heure où les nouvelles productions automobile se bardent d'électronique, il nous reste peu d'outils pour aller s'amuser dans les dunes.
L'entretenir en Afrique ne pose aucun souci, les locaux et les raideurs le connaissent par cœur. Et puis pour beaucoup d'entre nous, il représente un paquet de bons souvenirs...

A la question « est-il bon d'investir encore dans un vieux 80 ? », je réponds OUI. Mais à condition de le restaurer proprement et surtout méthodiquement.

Suivez cet exemple, c'est parti.

Trouver quelqu'un qui sait faire... Une minutieuse inspection par un bon Saint Bernard est à privilégier à un "monteur d'accessoires" car la mécanique, cela ne s'improvise pas. Il faut démonter, encore démonter et mettre les mains dedans. Il y a des centaines de pièces. Certaines sont rouillées, d'autres sont grippées, usées, très sales, très lourdes, ou très difficiles d'accès, etc...

Seul un véritable passionné est capable d'un tel boulot. Mais ce dantesque puzzle est en fait un jeu de gosse pour un vrai connaisseur.


Se donner un objectif... atteignable ! Mon cahier des charges a été affiné, mon 80 n'est destiné qu'aux raids. Ce qui me permet d'envisager une restauration parfaitement dédiée, sans compromis ni concession. Les maîtres mots sont fiabilité, simplicité et solidité. La F2S attitude !
Nul besoin d'un camping-car ou d'une bête de course de 300cv pour ce retraité qui en a encore sous le pied.

Le principe d'une approche chantier par chantier a été adoptée afin d'aller à l'essentiel et de piloter l'ensemble tout en gardant un œil sur le budget. C'est le nerf de la guerre. "Les dépenses inutiles sont à proscrire, par contre le poids maîtrisé et l'efficacité restent l'impératif à atteindre. L'avancée des opérations est dictée par la prudence, c'est à dire l'efficacité mécanique avant tout, puis le confort, et enfin le superflus." Paroles du magicien.

Les chantiers vont donc s'enchaîner dans l'ordre suivant : mécanique, électricité, et enfin amélioration des équipements tout terrain. Carte blanche pour frapper fort, là où il y en a vraiment besoin. Nez creux ! Cette approche est la bonne car les mauvaises surprises peuvent arriver. En ce qui me concerne, je n'ai pas été épargné.

Pour info, mon 80 a déjà fait l'objet d'une préparation aboutie. (Une mécanique hybride de 80 - 24 soupapes et de 100). Les connaisseurs comprennent ce que cela veut dire.


Chantier moteur


Article rédigé avec l'aide du magicien restaurateur.

En raison de la chauffe moteur, le chantier mécanique démarre par la dépose de la culasse. Celle-ci ne révèle pas de défaut d'étanchéité. Mais l'opération permet de découvrir une fente horizontale au niveau des deux derniers cylindres. Par ailleurs le turbo est très abîmé aux niveaux des ailettes, bizarrerie ou simple coïncidence ? Embêté de ces constatations mais rassuré d'avoir trouvé l'avarie, le diagnostic tombe alors comme un couperet glacial. Il est sans appel. Cela fait mal à la tête. Il faut tomber le bloc ! C'est le choc.

Point de non retour. A ce stade, on se dit qu'il vaut mieux tout remonter et abandonner son véhicule aux petites enchères sur internet... mais la passion reprend vite le devant, heureusement.

Réflexion. J'étais parti pour une très grande révision, me voilà au pied du mur. Allons au bout de l'exercice pour ne rien regretter, ce Toy va ressortir neuf "stock". Je ne voulais pas reculer ou faire mentir ce jouet, et surtout regretter de l'avoir gardé. Banco pour avancer et plus encore. Nous allons changer tout ce qui chagrine, les durits, les silent blocs, les flexibles ou autres pièces d'usure. Il convient de chasser les vilains points de rouille qui fâchent, les branchements faiblards et remplacer les pièces ayant fait leur temps. Comme le dit si bien mon magicien, "il faut tailler dans la butte". Ce 80 va repartir pour 200.000 bornes.

"Plus qu'à" déposer les restes du moteur, récupérer une chèvre pour lever le monstre qui pèse un âne mort et choisir entre l'achat d'un bloc embiéllé neuf, ou la réfection de celui là. L'option remise à neuf du bloc est retenue, mais attention il s'agit d'une reconstruction complète du moteur. Les travaux ont été effectué par un professionnel.         

Par curiosité, voici tout ce qui a été changé, la restauration est quasi totale. 

Pistons, jeu de segments, jeu de coussinet de ligne, joint de culasse, flasque de calage, jeu de coussinet de bielle, jeu de coussinet d'arbre à cames (marqués, il sont à changer sous peine de mal irrémédiable), joints moteur, pompe à huile (franchement recommandé), sonde de pression d'huile, distribution complète (incluant le vérin tendeur hydraulique, le galet tendeur et la courroie), et bien entendu les injecteurs et leurs joints. Voilà pour le bouilloire.

Tant qu'à faire, révision complète de l'alternateur et du démarreur, changement de la pompe à eau et du colorstat. Puis on continue par le changement du disque d'embrayage et le surfaçage du volant moteur (bon pour le couple).

Le turbo est entièrement révisé, la palettes changées. Seule la boîte de vitesse est épargnée, la pauvre !

Le remontage du moteur démarre, le bloc est rapidement placé dans son écrin. La culasse est en place serrée au couple, 25 vis et trois passes de serrage. Il  reste à roder au papier fin et à l'huile l'arbre à came qui était un peu marqué. Toute la distribution est en place, reste les périphériques, les injecteurs, les pompes hydraulique, l'injection, les collecteurs et enfin le turbo. Le tout avec joints neufs et serrage au couple, svp.

Au niveau du pont avant, reconstruction des pivots, changement des joints homocinétiques et du joint de tour de nez de pont, remplacement des mains meneuses et des joints de flasque.

Les collecteurs d'échappement et d'admission sont repeints, après un bon dégraissage, un passage des vis à la brosse métallique, puis au frein filet. Un pur bonheur combiné à un travail de patience.

L'EGR est maintenant un vieux souvenir, un radiateur type Afrique prend place. Le chantier mécanique se termine par une bonne couche de peinture de protection sur tout le châssis, le bas moteur, les ponts, les suspensions... Les quelques points de rouille qui avaient résisté aux traitements passés ne sont plus qu'un mauvais souvenir. Une mécanique saine et qui respire.

Et puis viens l'instant magique, la bête se remet à mugir. Le moteur tourne, plus rauque que jamais. Le moindre effleurement de l'accélérateur le fait vite monter dans les tours. L'appel de dunes sans doute.

Ainsi s'achève ce chantier titanesque qui nécessite des dizaines d'heures de patience, de contorsion, de sueur, d'humilité, bref de passion. Pari gagné.

Depuis, la bête ronronne comme un jeune homme, mieux elle a retrouvé sa gouaille sourde et ravageuse. Elle est heureuse des soins prodigués, et de l'attention que lui a porté son pilote, en lui donnant ce nouveau moteur vif et cette puissance féline presque oubliée. La voilà reparti pour un tour de cadran.


Chantiers électrique et équipements

Chantier électrique

Des branchements bidouillés au fil des années et des besoins du bord avaient fini par créer une vraie guirlande de sapin de Noël qui ne demandait qu'à partir en fumée.
Là encore la F2S attitude a réglé le problème à la base. Exit tous les faisceaux auxiliaires, l'empilement des cosses de couleur sur les bornes de la batterie. Ou pire, les prises d'allume-cigares qui se baladent. N'importe quoi !
Une ligne de force est tirée depuis la seconde batterie pour en alimenter une troisième dédiée aux accessoires. Cette dernière vient prendre place dans le coffre pour un meilleur équilibrage des masses. A partir de là, on respire et on construit un joli faisceau pour tous les accessoires de navigation et l'indispensable compresseur. Le tout est bien entendu protégé par des fusibles accessibles et clairement identifiés ; les câbles d'une section suffisante sont mis sous gaine annelée fendue, c'est propre et sans surprise.

Un coupe-circuit est installé, l'ensemble des fusibles sont changés. Car, attention aux vieux fusibles vicieux et grippés qui donnent l'impression d'être encore bons. Je connais et j'ai donné !

Au passage, remplacement des batteries et des cosses par des modèles de poids lourds. Les air-bag sont démontés, ainsi que les ampoules et les cartouches explosives. Vu leur âge, gain de poids et de tranquillité ! Le cruise control va subir le même sors, il était HS.

Un interrupteur pour bloquer le différentiel central en longues est ajouté, petit luxe appréciable dans le très mou.

Enfin, exit le chauffage arrière qui prend de la place sous le siège passager ; un convertisseur 12V / 220V vient avantageusement le remplacer.

Le chantier électrique n'est pas le plus onéreux, il est très important pour partir l'esprit tranquille sans avoir les yeux rivés sur l'extincteur...


Chantier équipements et accessoires

Nous terminerons par celui-là. La démarche a été sage, nous savons maintenant pourquoi !

La tirelire étant cassée pour sauver le bloc et le véhicule, il reste encore quelques euros pour se faire plaisir.

Le volant est refait à neuf. Il y a dans notre beau pays des artisans qui savent encore travailler le cuir.

Le tableau de bord se voit équipé d'une tablette sur mesure où viennent se positionner un GPS 152, un Outback Trip, un support de road-book, et un emplacement pour un PC portable ou un E-Track. Les accessoires sont bien intégrés, rien à voir avec certains fourre-tout habituels. La Cibie et la VHF débridée se placent avec discrétion autour de l'accoudoir central afin de ne pas devoir les démonter lors des passages en douane. Itou pour les antennes qui se dévissent facilement.

Un dernier petit truc de raideur. Pose de deux petits éclairages LED à l'intérieur du hayon arrière afin d'éclairer la tablette le soir au bivouac. Simple et sympa.

La liste des équipements pourrait s'allonger mais ce chantier s'arrête là, c'est bien suffisant.


Conclusion

Oui, il est possible de bien restaurer un 80 mais le budget n'est pas le seul paramètre à prendre en compte. Il faut avant tout réfléchir sur la cible à atteindre. Ensuite, il faut opérer là où cela est vraiment nécessaire, sinon l'addition prend des tournures vertigineuses voire inutiles.

Trouver un chirurgien de la mécanique est en fait LA clé de la réussite d'une telle opération.


Ne me demandez pas l'adresse de mon bon Saint Bernard, il n'aime pas la publicité. De plus, plusieurs 80 l'attendent dans son jardin... il a donc du pain sur la planche. Et il aime ça. A un tel point qu'il s'est payé le luxe de quitter son job à quelques mois de la retraite pour ne se consacrer qu'à nos Toy et à des séjours dans les dunes. Son agenda est déjà full jusqu'en 2012. Un homme heureux, passionné, méticuleux et généreux.

Avec beaucoup d'humilité et de gentillesse, ce raideur au gros cœur m'a dit "ton 80 est maintenant un peu le mien, j'ai pris plaisir à lui administrer des gestes de tendresse et de remise en forme." Modeste en plus, chapeau bas l'ami.

L'expérience vous tente. Prévoyez tout de même plusieurs semaines d'immobilisation, un vrai garage, des outils, des copains, et de l'huile de coude.







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