Astuces de raideurs

Conseils de Touareg

Si les Touaregs sont bien les descendants berbères et habitants ancestraux des lieux, ils sont également des personnages merveilleux et de grands enfants extrêmement attachants. Ils sont droits et honnêtes, malins et ont un tas de choses à nous apprendre. Ils connaissent le désert comme leur poche et ne s'encombrent pas de cartes et encore moins de GPS.

Leur approche d'un raid en 4x4 n'est pas tout à fait la même que la nôtre !  Détails.

Le véhicule, un Toy 60 essence (moteur 4F) "préparé"
La préparation de leur véhicule mettrait sur la paille bon nombre de professionnels du 4x4… Plus simples et moins chères, « y a pas ! » Leurs astuces sont elles bonnes à mémoriser, elles sont atemporelles. Sortez vos blocs notes.
Le réservoir supplémentaire est constitué d'une série de jerricans « amarrés » sur une galerie de fortune. Ils sont posés en incliné sur un madrier afin d'éviter les fuites. Ils sont fermés avec des bouchons à étriers étanchéifiés au moyen de sacs en plastique de toutes les couleurs. Ainsi, 250 lites d'essence sont prêts à rejoindre le réservoir principal.  Les 140 litres d'eau se répartissent dans le véhicule. Notez la vache à eau humidifiée qui pend le long du véhicule, sans doute le frigo le moins cher qui soit !
Il y a encore de la place pour 50 kg de bagages, la cuisine, le bois, la réserve de nourriture, les matelas, les couvertures, les tentes, les gandouras et autres kouakouas (ndlr : mot qui veut dire bidouilles diverses, affaires en tous genres, et autres équipements inutiles donc indispensables).

Bien qu'indestructible, tout à bord a été bidouillé sans exception. Les lames de ressorts sont renforcées par du fil de fer et des lanières de chambres à air tendues et nouées. Au chapitre des accessoires qui ne servent jamais, notons le tachymètre, les trois rétroviseurs, les freins, le frein à main, la radio, les essuie-glaces, les pare-soleil, etc … Les phares ne servent qu'à éclairer le bivouac. La lune et les étoiles éclairent le reste et suffisamment le sable et les pistes lorsqu'il faut rouler de nuit. Les morceaux d'une vieille cassette audio sont extirpés de l'auto-radio au moyen d'un démonte pneus, EJECT local !

La conduite TT
La technique est simple : 4x2, longues, ponts laissés libres, moteur entre 1.000 et 2.000 tours en limite de calage de troisième, pneus sur-gonflés à 2,5 kg, et ça passe quasi partout. En situation contrariante, par exemple si un copain enfonce à mi-tibias sans bouger dans le sable, le chauffeur sort, fait le tour de sa portière, verrouille uniquement sa roue avant gauche et remonte dans son véhicule. Non, il n'est pas en 4x3, mais pourquoi se donner plus de mal et faire le tour du capot ou marcher jusqu'à la roue avant droite… alors que 20 mètres plus loin, il faudra à nouveau refaire les mêmes détours inutiles.
En cas de gros plantage, les courtes sont tout de même de rigueur, les pneus dégonflés à 1 kg, première, 4.000 tours, et en avant les watts. Les copains poussent également pour sortir.

La nav'
Les Touaregs communiquent entre eux au travers des « codes » spéciaux qu'eux seuls savent lire. Le sol du désert est jonché de panneaux indicateurs, kerns, cailloux, bâtons, peaux de moutons, traces de pneus… rien n'est placé au hasard, ils indiquent tous quelque chose. Par exemple, deux petits bâtons plantés dans le sol ont indiqué à nos visiteurs du charbon de bois enfoui dans le sable 10 mètres plus au sud. Il avait été caché par de précédents locataires.
Cela s'appelle le journal du sol.

Le plein d'essence
Un grand moment. Ici la pompe FACET cède sa place à un tuyau pour siphonner, une bouteille en plastique en qualité d'entonnoir et un filet à oignons rouge en guise de filtre RACOR ! L'opération consiste à décrocher le tuyau enroulé sur le toit du véhicule, l'assouplir, le détendre et lorsqu'il est à peu près droit, souffler dedans pour en évacuer une quantité impressionnante de sable. Ensuite et après avoir aspiré le précieux liquide, une extrémité est plongée dans un jerrycan et l'autre dans l'entonnoir muni de son filet à oignons. Le carburateur, gros comme un ballon de foot, digère tout sans broncher. On est loin du commom rail !

Les changements de roues et la réparation d'un pneu
On fait avec les moyens du bord et les outils disponibles. Un vieux cric bouteille, encore d'origine, est très utile. Il ne fonctionne qu'à mi-course après que l'on ait tapé dessus avec une hache, afin de débloquer le pivot autorisant la mise en pression. La voiture monte… un peu. Une cale permet d'éviter qu'elle ne redescende. Nouveau pompage et ainsi de suite, l'opération est renouvelée plusieurs fois. Lorsque la cale s'est trop enfoncée dans le sol, les touaregs creusent le sable sous la roue pour la dégager plutôt que d'essayer de la déplanter.
Les deux roues de secours sont absolument lisses à la limite de la ficelle. Celles-ci sont très pratiques pour la conduite sur sable très mou. Pour regonfler, notre moderne compresseur est ici remplacé par un tuyau vissé à la place de la première bougie et dans la valve de la chambre à air. La pression du moteur permet de regonfler une roue en quelques minutes. Facile, simple mais d'une efficacité aléatoire. C'est l'Afrique Patron.

Des astuces comme celles-ci, les Touaregs en connaissent des centaines. Vivre à leurs côtés, quelques jours, à leur rythme, est un retour aux sources incontestable que l'on ne regrette jamais.



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